Après la citoyenneté · 7 min de lecture · Par Julien Durand

Travailler aux États-Unis en tant que Canadien : TN, L-1, H-1B et les autres

Oui, avec un statut de travail : TN à la frontière pour 60 professions, L-1, H-1B (100 000 $ de frais), O-1, E-2, carte verte. Conditions, coûts et pièges.

Un ordinateur portable affichant un formulaire en ligne, une tasse de café et un petit drapeau canadien

Oui, un citoyen canadien peut travailler aux États-Unis, mais jamais avec la simple exemption de visa qui lui permet d'y voyager : il lui faut un statut de travail. Le plus accessible est le statut TN, créé par l'accord de libre-échange et réservé aux Canadiens et aux Mexicains, qui se demande directement à la frontière pour une soixantaine de professions. Viennent ensuite le transfert intra-entreprise L-1, le visa H-1B, devenu très coûteux depuis 2025, les visas O-1 et E-2, et la carte verte. Voici ce que chaque voie exige, ce qu'elle coûte, et les erreurs qui coûtent une interdiction d'entrée.

Ce que l'exemption de visa ne permet pas

Un Canadien entre aux États-Unis sans visa comme visiteur, mais ce statut B-1/B-2 interdit tout emploi pour un employeur américain, salarié ou non, payé ou non. Le B-1 autorise seulement des activités d'affaires : réunions, négociations, formation, salons professionnels, service après-vente d'un produit vendu depuis le Canada. Travailler « quelques semaines pour un ami » ou faire du télétravail pour une entreprise américaine depuis un appartement à Miami est du travail non autorisé. Découvert à la frontière ou lors d'un contrôle, il entraîne un refus d'entrée, la perte de l'exemption de visa et, souvent, une interdiction de territoire de cinq ans. Notre article sur le visa américain pour les Canadiens rappelle les limites de ce statut de visiteur.

Le statut TN : la voie royale des Canadiens

Le statut TN vient de l'ALENA, reconduit par l'ACEUM. Il est ouvert aux seuls citoyens du Canada et du Mexique, pour une liste fermée d'une soixantaine de professions : ingénieur, comptable, analyste en informatique, infirmier, scientifique, économiste, architecte, enseignant de niveau collégial ou universitaire, consultant en gestion, entre autres. Il faut une offre d'emploi écrite d'un employeur américain, le diplôme ou le titre exigé pour la profession, et un poste qui correspond vraiment à cette profession.

L'avantage décisif pour un Canadien : aucune pétition préalable et aucun visa. Vous vous présentez à un poste frontalier ou au précontrôle américain d'un aéroport canadien avec la lettre d'offre, vos diplômes, votre CV et votre passeport, vous payez 56 $ US, et l'agent décide sur place. Le statut est accordé pour trois ans, renouvelable sans limite, à condition de conserver une intention non immigrante. Les conjoints et enfants reçoivent le statut TD, qui permet d'étudier mais pas de travailler. L'offre doit rester dans la même profession : changer d'employeur exige une nouvelle demande.

Le transfert intra-entreprise L-1

Si vous travaillez depuis au moins un an pour une entreprise canadienne qui a une filiale, une société mère ou une succursale aux États-Unis, le visa L-1 vous permet d'y être transféré comme gestionnaire ou cadre (L-1A, jusqu'à sept ans) ou comme employé aux connaissances spécialisées (L-1B, jusqu'à cinq ans). Là encore, les Canadiens ont un privilège : la demande peut être déposée directement à la frontière, avec la pétition I-129 de l'employeur, au lieu de passer par l'USCIS puis un consulat. Le conjoint d'un titulaire L-1 peut travailler aux États-Unis.

Le H-1B et ses 100 000 $ de frais

Le visa H-1B est le visa de travail spécialisé le plus connu, mais c'est devenu la voie la moins pratique pour un Canadien. Il est soumis à une loterie annuelle, plafonnée à 85 000 places, et depuis le 21 septembre 2025 une proclamation présidentielle impose 100 000 $ US de frais à l'employeur pour toute nouvelle pétition H-1B déposée pour un travailleur qui se trouve hors des États-Unis. La mesure est prévue pour douze mois, soit jusqu'en septembre 2026, sauf prolongation. Les changements de statut depuis l'intérieur des États-Unis, par exemple d'un statut TN vers le H-1B, en sont exemptés. Conclusion pour la plupart des professionnels canadiens : commencer en TN, et n'envisager le H-1B que depuis le territoire américain, quand une résidence permanente se profile.

O-1, E-2 et la carte verte

  • O-1, l'aptitude extraordinaire : pour les personnes reconnues dans leur domaine (sciences, arts, affaires, sport). Pétition de l'employeur ou d'un agent, preuves de distinction, durée initiale de trois ans.
  • E-2, l'investisseur sous traité : le Canada est un pays signataire. Il faut un investissement substantiel dans une entreprise américaine que vous dirigez. Contrairement au TN et au L-1, le visa E-2 doit être délivré par un consulat, avec les délais de rendez-vous de 2026.
  • La carte verte : résidence permanente, par parrainage familial, par l'employeur (souvent après quelques années en TN ou L-1) ou par la loterie de diversité, dont les Canadiens sont exclus. Attention : obtenir la carte verte entraîne des obligations fiscales américaines mondiales et une taxe de départ potentielle si vous y renoncez plus tard.

Résident permanent du Canada : les portes se ferment à moitié

Le statut TN et le dépôt du L-1 à la frontière sont réservés aux citoyens canadiens. Un résident permanent du Canada travaille aux États-Unis selon les règles de sa nationalité : H-1B avec ses frais, L-1 par la voie ordinaire, O-1, ou E-2 seulement si son pays de citoyenneté est signataire d'un traité. Il a aussi besoin d'un visa apposé au consulat, ce qui ajoute des mois. C'est l'une des différences les plus concrètes entre résident permanent et citoyen, et un argument que beaucoup de professionnels citent pour demander la citoyenneté dès qu'ils y sont admissibles. Notre article sur le visa américain pour les résidents permanents du Canada couvre l'entrée comme visiteur.

Impôts, assurance sociale et double vie

Un Canadien qui travaille aux États-Unis obtient un numéro de sécurité sociale américain, reçoit un feuillet W-2 et déclare ses revenus à l'IRS. Selon les jours passés de chaque côté, il peut rester résident fiscal du Canada, devenir résident fiscal américain, ou les deux, auquel cas la convention fiscale Canada-États-Unis désigne un seul pays de résidence. Le départ définitif du Canada déclenche l'impôt de départ sur certains actifs et la fin de l'assurance maladie provinciale. Les règles de décompte des jours, y compris le test de présence substantielle, sont expliquées dans notre article combien de temps un Canadien peut rester aux États-Unis. Un premier rendez-vous avec un comptable transfrontalier avant d'accepter l'offre évite des erreurs qui coûtent des milliers de dollars.

Ce qu'il faut retenir

  • Le statut de visiteur n'autorise aucun travail, même à distance depuis les États-Unis.
  • Le statut TN est la voie la plus simple pour un citoyen canadien : à la frontière, 56 $ US, trois ans renouvelables, liste de professions fermée.
  • Le L-1 se demande aussi à la frontière ; le H-1B coûte 100 000 $ à l'employeur depuis 2025 pour un travailleur hors des États-Unis.
  • Un résident permanent du Canada n'a accès ni au TN ni au L-1 à la frontière : la citoyenneté change tout.

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Questions fréquentes

Un Canadien peut-il travailler aux États-Unis ?

Oui, mais jamais avec la simple exemption de visa de visiteur. Il lui faut un statut de travail : le statut TN de l'ACEUM pour une soixantaine de professions, un transfert intra-entreprise L-1, un visa H-1B, O-1 ou E-2, ou une carte verte.

Qu'est-ce que le statut TN ?

Un statut de travail réservé aux citoyens du Canada et du Mexique par l'accord ACEUM. Il couvre une liste de professions (ingénieurs, comptables, infirmiers, informaticiens, etc.), exige une offre d'emploi et le diplôme requis, se demande directement à la frontière pour un Canadien, coûte 56 $ US et se renouvelle par périodes de trois ans.

Un résident permanent du Canada peut-il travailler aux États-Unis ?

Pas avec le statut TN, réservé aux citoyens canadiens et mexicains. Un résident permanent doit passer par les voies ouvertes à sa nationalité : H-1B, L-1, O-1 ou E-2 selon son pays, avec visa au consulat.

Peut-on travailler à distance pour une entreprise américaine depuis le Canada ?

Oui, sans aucun statut américain, puisque le travail est exécuté au Canada. La question devient fiscale et contractuelle (employé ou contractant, retenues, convention fiscale), pas migratoire. Travailler à distance depuis les États-Unis, en revanche, exige un statut de travail.

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