Après la citoyenneté · 7 min de lecture · Par Julien Durand

Combien de temps un Canadien peut-il rester aux États-Unis ?

Six mois par séjour, mais trois compteurs à surveiller : l'immigration américaine, l'impôt (formulaire 8840) et l'assurance maladie provinciale.

Un passeport avec des tampons d'entrée et de sortie, une calculatrice et un stylo sur un bureau

Un citoyen canadien peut rester aux États-Unis jusqu'à six mois par séjour sans visa, mais ce plafond est une limite d'immigration, pas une invitation : au-delà d'environ 182 jours sur douze mois, vous risquez un refus d'entrée, l'impôt américain et la perte de votre assurance maladie provinciale. Trois compteurs tournent en même temps, et ils ne se calculent pas de la même façon. Voici comment chacun fonctionne, les règles ajoutées en 2025, et la façon de planifier un long hiver au soleil sans mauvaise surprise.

Compteur 1 : l'immigration américaine, six mois par entrée

À la frontière, l'agent des douanes américaines admet un Canadien comme visiteur B-2 pour une durée qu'il fixe lui-même, au maximum six mois. C'est une décision discrétionnaire : il peut accorder deux semaines à quelqu'un qui n'a pas de billet de retour ou dont les réponses sont floues. Par avion, la date limite figure sur votre formulaire I-94 électronique, consultable sur le site du CBP ; par voie terrestre, la plupart des Canadiens n'en reçoivent pas et la limite est implicitement de six mois. Rien ne vous empêche de ressortir et de revenir, mais l'agent regarde alors le temps cumulé. La pratique courante : si vous passez plus de temps aux États-Unis qu'au Canada sur une année, vous n'êtes plus un visiteur, et l'entrée peut être refusée.

Une prolongation est théoriquement possible en déposant le formulaire I-539 auprès de l'USCIS avant l'expiration, mais elle suppose d'avoir un I-94, coûte plusieurs centaines de dollars et est rarement accordée à un visiteur. Le projet de loi américain « Canadian Snowbird Visa Act », qui permettrait aux Canadiens de 50 ans et plus de rester jusqu'à 240 jours par an, est déposé au Congrès depuis 2025 mais n'a toujours pas été adopté en 2026. Tant qu'il ne l'est pas, six mois reste la règle. Pour le rappel des documents et de l'exemption de visa elle-même, voyez les Canadiens ont-ils besoin d'un visa pour les États-Unis ?.

La nouvelle règle des 30 jours

Depuis le 11 avril 2025, tout étranger qui reste 30 jours ou plus aux États-Unis doit être enregistré auprès du gouvernement américain, et la règle a été rendue définitive en juin 2026. Les Canadiens arrivés par avion sont couverts par leur I-94. Les Canadiens arrivés par la route sans I-94, c'est-à-dire la majorité des retraités migrateurs, doivent créer un compte myUSCIS et remplir le formulaire G-325R avant le 30e jour, puis conserver la preuve d'enregistrement générée. C'est gratuit et cela prend une demi-heure. L'alternative consiste à demander un I-94 payant à la frontière ou via l'application CBP One avant d'arriver, ce qui vaut enregistrement. Ne pas s'enregistrer est une infraction passible d'amende.

Compteur 2 : l'impôt américain et le test de présence substantielle

Le fisc américain ne compte pas comme l'immigration. Vous êtes présumé résident fiscal des États-Unis si vous atteignez 183 jours au « test de présence substantielle », qui s'étale sur trois ans : tous les jours de l'année en cours, plus un tiers des jours de l'année précédente, plus un sixième des jours de l'année d'avant. Quelqu'un qui passe quatre mois par hiver aux États-Unis dépasse ce seuil dès la troisième année, sans jamais avoir frôlé les six mois d'un seul séjour.

La parade est simple, à condition d'y penser : si vous avez passé moins de 183 jours aux États-Unis dans l'année civile, vous déposez le formulaire 8840, la déclaration de lien plus étroit avec le Canada, avant le 15 juin de l'année suivante. Il atteste que votre foyer, vos comptes, votre médecin et votre vie sociale sont au Canada, et vous dispense de déclarer vos revenus mondiaux aux États-Unis. Au-delà de 183 jours dans une même année, le 8840 ne suffit plus : il faut invoquer la convention fiscale Canada-États-Unis avec une déclaration 1040-NR et le formulaire 8833, une démarche pour laquelle un comptable transfrontalier se justifie.

Compteur 3 : votre assurance maladie provinciale

Chaque province exige une présence minimale sur son territoire pour maintenir la couverture publique. La plupart demandent environ six mois de présence par période de douze mois, ce qui limite les absences à quelque 182 jours. L'Ontario est un peu plus souple, avec 153 jours de présence exigés, soit jusqu'à 212 jours d'absence. Terre-Neuve-et-Labrador tolère jusqu'à huit mois. Le Québec compte 183 jours de présence par année civile, avec des règles particulières pour les longs séjours déclarés d'avance. Ces seuils changent, vérifiez celui de votre régime avant de partir, et gardez à l'esprit que la couverture provinciale ne rembourse qu'une fraction des soins reçus aux États-Unis : une assurance voyage reste indispensable quel que soit le nombre de jours.

Ce qui arrive si vous dépassez

  • Côté immigration : au-delà de la date d'admission, vous êtes en présence illégale. Plus de 180 jours entraînent une interdiction d'entrée de trois ans, plus d'un an une interdiction de dix ans. L'exemption de visa peut vous être retirée : vous devriez alors demander un visa au consulat, avec des délais de rendez-vous de plus d'un an au Canada en 2026.
  • Côté impôt : sans formulaire 8840, l'IRS peut vous considérer comme résident fiscal et attendre une déclaration de vos revenus mondiaux, avec pénalités.
  • Côté santé : la province peut annuler votre couverture, et la rétablir exige de nouveau un délai de résidence, parfois trois mois.
  • Côté résidence permanente : un résident permanent du Canada doit en plus respecter 730 jours de présence au Canada sur cinq ans, et un citoyen en attente de sa cérémonie doit rester joignable. Nos articles sur la carte RP après la citoyenneté et sur le délai entre le test et la cérémonie en parlent.

Planifier un long séjour : la méthode qui évite les ennuis

  • Tenez un journal de vos entrées et sorties, avec les dates exactes : c'est la pièce que réclament l'agent, l'IRS et la province.
  • Visez moins de 182 jours par douze mois, tous séjours confondus, et moins de 183 jours par année civile.
  • Enregistrez-vous avant le 30e jour si vous êtes entré par la route sans I-94.
  • Déposez le formulaire 8840 chaque printemps si vous passez plus de quatre mois par an aux États-Unis.
  • Vérifiez le seuil de votre province et souscrivez une assurance voyage couvrant toute la durée.
  • Gardez des preuves de vos attaches au Canada : bail ou titre de propriété, permis de conduire, emploi, famille.

Et pour travailler ou s'installer ?

Aucune de ces règles n'autorise à travailler pour un employeur américain, même à distance depuis un condo en Floride. Le travail exige un statut dédié, comme le statut TN ou le visa L-1, décrits dans notre article travailler aux États-Unis en tant que Canadien. Et si vous êtes résident permanent du Canada plutôt que citoyen, la durée de séjour dépend de votre visa ou de votre ESTA, pas de l'exemption canadienne : notre article sur le visa américain pour les résidents permanents du Canada précise les règles. La citoyenneté canadienne, elle, se prépare avec notre guide comment devenir citoyen canadien et nos examens blancs.

Questions fréquentes

Combien de temps un Canadien peut-il rester aux États-Unis sans visa ?

Jusqu'à six mois par séjour, à la discrétion de l'agent des douanes. En pratique, dépasser environ 182 jours sur une période de douze mois, même en plusieurs voyages, expose à un refus d'entrée, à l'impôt américain et à la perte de l'assurance maladie provinciale.

Les six mois sont-ils par visite ou par année ?

L'admission est accordée par entrée, jusqu'à six mois. Mais l'agent regarde le temps cumulé : quelqu'un qui repart quelques jours pour revenir six mois de plus est traité comme un résident de fait et peut être refoulé.

Faut-il s'enregistrer si l'on reste plus de 30 jours ?

Oui, depuis avril 2025. Une entrée par avion crée un formulaire I-94 qui vaut enregistrement. Après une entrée terrestre sans I-94, il faut remplir le formulaire G-325R en ligne, gratuitement, avant le 30e jour du séjour.

Que se passe-t-il si un Canadien dépasse les six mois ?

Le séjour devient illégal. Plus de 180 jours de présence illégale entraînent une interdiction d'entrée de trois ans, plus d'un an une interdiction de dix ans, et l'exemption de visa peut être perdue pour les voyages suivants.

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